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Chroniques d’un moniteur perdu sous les tropiques épisode 5
vendredi 25 septembre 2026 , par
Bonjour à tous,
Vous avez été nombreux-ses à me demander si je m’étais enfin adapté à la vie martiniquaise. Si les moustiques m’avaient lâché. Si j’avais arrêté de me perdre dans les mornes.
La réponse honnête : oui, globalement.
Mais la mer, elle, n’a pas fini de me former.
Le nœud infernal
Il y a quelques semaines de ça, on nous avait annoncé « avis de grand vent » du coup pour l’occasion on m’avait assigné à renforcer le mouillage des deux bateaux.
Donc me voilà au fond (3-4m) avec environ 40 kilos de chaine, et un boot de 50m. Et c’est parti pour faire des tours et des tours autour du mouillage, pour enrouler la chaine, mais bon a force de faire ça, ben devinez ce qui m’est arrivé ?
Bah je me suis emmêler les pinceaux, ma robinetterie prise dans le mouillage du haut, impossible d’avancer impossible de reculer … TOUT VA BIEN QUOI !!!
Bon « Pa ni pwoblèm » je suis un grand garçon, je vais décapeler et je vais démêler tout ça. Du coup je décapèle et je démêle le sac de nœud. Une fois fais, je retiens mon bloc qui remonte gentiment à la surface. Et là SURPRISE !!!
Mon bloc remonte MAIS …PAS MOI !!! et pour cause, mon pied s’est pris dans la chaine … ARGHHHHHHHH , L’ANGOISSE !!! je vous laisse imaginer la chose hein. Mon pied retenu au fond par une chaine et mon bras qui retient mon bloc qui remonte. C’est bon, vous visualisez bien la scène là !?!
Ben sur le coup je rigolais pas beaucoup, heureusement que je n’avais pas lâcher mon détendeur ;-). Bref, du coup je me libère et repars pour un autre tour avec la chaine (je vous rassure je vais pas TOUS vous les faire, y’en avait à peu près 70, et idem avec le boot).
Bref je vous la fait courte, après 1h30 à me battre à fond, au fond, j’ai enfin réussi ma mission et en plus à force de souffler comme un bœuf j’ai même réussi à sécher mon bloc !
Le jour où j’ai failli m’échouer sur la plage
Un matin, il annonçait grand vent et j’ai quand même décidé d’aller chercher le bateau seul au mouillage.
J’avoue que là, ce n’était pas ce qu’il y avait de plus malin, j’aurais pu attendre les collègues et faire la manœuvre d’appontage à deux.
Alors, aller chercher le bateau, pa ni pwoblèm. En plus avec le vent dans le dos, ça aide. Le ramener au ponton se fut une autre histoire.
Notre bateau, je ne sais pas si je vous l’avais déjà dit, mais dès qu’il y a un peu de vent c’est une vraie savonnette sur l’eau. Pas de tenue, pas de grip. Et là, évidemment avec des rafales qui poussaient dans tous les sens, autant vous dire que j’étais dans une auto tamponneuse. Seul à bord, j’arrive au ponton, prêt à poser l’amarre. Jusque-là tout va pas trop mal. Je lâche la barre et m’apprête à mettre le pied à terre pour amarrer. Et d’un coup, une rafale de vent qui me déporte d’un bon mètre du ponton (bah oui hein, s’il m’avait collé au ponton y’aurait pas eu d’histoire non plus).
Et là, je vois la plage se rapprocher à vitesse grand V. Dans ma tête : « PUT... je vais m’échouer. »
Je me précipite aux commandes. Et je fais la seule manœuvre qui me reste, pas le choix, j’effectue un demi-tour, mais dans seulement 90 centimètres de fond. Alors quand on a une barque de 100 kilos max, avec un tirant d’eau de 10-20 cm c’est pas trop méchant voyez-vous, mais quand on un bateau d’environ 2 tonnes, avec un tirant d’eau de 80 cm, la manœuvre est BEAUCOUP PLUS hasardeuse. Je remonte un peu les moteurs, pour être sûr de rien toucher, et je redémarre plein balle pour dégager mon bateau de la plage, et … CA PASSE … PFFFFFFFFF.
Je suis reparti au milieu du port, un peu tendu et un peu tremblant en songeant que là, saurait pu très très mal se mettre. Bon, je suis de nouveau au milieu du port, maintenant j’ai de la marge, on va refaire la manœuvre tout cool. Parce que je n’avais pas du tout — mais alors PAS DU TOUT — envie de renouveler l’expérience hein. Bon allez, on se rapproche du ponton, « ET TOI LE VENT TU TE CALMES HEIN !!! » on va pas y passer la journée non plus. J’arrive, je me rapproche, j’accoste, le bateau viens gentiment se poser contre le ponton, vite vite vite je saute sur le ponton et je mets la première amarre … c’est bon, maintenant il peut plus bouger. Je pose les deux amarres, je remonte à bord, je coupe le contact et je suis resté là, assis à mon poste pendant au moins 5 minutes, à analyser la scène et me dire « ouais ben la prochaine fois t’attendra tes collègues hein »
Un abordage avec mon propre kayak
Permettez-moi d’abord de vous expliquer comment ça fonctionne ici.
Le matin, le premier arrivé au local prend le kayak, pagaie jusqu’au mouillage, récupère le bateau, et laisse le kayak à sa place. Le soir, même chose dans l’autre sens : on ramène le bateau au mouillage, et on récupère le kayak pour rentrer au port.
Un système simple. Rodé. Efficace.
Enfin... en théorie.
Ce soir-là, fin de journée, je rentre seul avec le bateau. Mission simple : attraper le mouillage, attacher, couper le contact. Dix minutes et c’est plié.
Une bourrasque arrive sans crier gare. Le kayak attaché au mouillage se met de travers. Et avant que j’aie pu réagir... Le bateau est passé DESSUS.
Le kayak s’est retrouvé sous la coque. Quand je comprends ce qui se passe je coupe les moteurs.et fonce à l’arrière du bateau. Et là, je me rends compte que le boot du kayak c’est emmêlé dans les hélices.
Me voilà immobilisé en plein mouillage, sans moteur, avec le vent qui pousse gentiment mon bateau vers les voisins. Bon, là pour l’instant le vent peut pousser, je suis bloqué, donc je bouge pas… ça c’est le point positif. Maintenant, le scénario dans ma tête : relever les moteurs, décrocher le boot coincée dans les hélices, courir au poste de pilotage, redescendre les moteurs, tout remettre en marche... AVANT que le vent ne me pousse sur un autre bateau.
Autant vous dire que je ne vais pas avoir trop trop le temps de rêvassé. ALLEZ … C’est partis.
Okay, la manœuvre a fonctionné. De justesse, mais ça à fonctionné. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, je remets les gaz, et me repositionne, sauf que je suis tout de même en plein du milieu du port hein, avec d’autres bateau autour du mien, et là le vent (BON DIEU MAIS LA IL A QUOI CONTRE MOI CE VENT AUJOURD’HUI ???) me repousse vers un bateau, un semi rigide, j’ai juste le temps de me déplacer et d’amortir avec mes bras pour éviter d’éperonner l’autre embarcation.
Allez,on se calme, je retourne à l’attaque du mouillage , et cette fois , c’est bon.
Sauf que l’histoire ne s’arrêtait pas là.
Le kayak, après son passage sous la coque, s’était rempli d’eau. Il coulait.
Il fallait le hisser sur le bateau pour le vider. Sauf que je suis seul abord je vous rappel, et un kayak plein de flotte, ben ça pèse dans les 150 kg. Et la porte du bateau, ben elle est plus petite que le kayak, ça passe pas … Y’ a des fois j’ai envie de pleurer hein.
Donc, j’ai essayé par le côté. Impossible. Par l’arrière, là où il y a une plateforme. Mieux, mais le truc pèse un âne mort. J’ai fini par faire le balancier dans un grand mouvement désespéré, pour arriver à le vider aux trois quarts.
Trois quarts. C’était suffisant pour rentrer. Mais toujours avec dans l’idée, faut que ça tienne jusqu’à la plage, j’ai pas envie de refaire un remake du Titanic moi.
En arrivant au ponton, mes collègues m’attendaient.
En rigolant.
Ils avaient tout vu depuis le port (bah oui, s’il y a pas de témoin c’est pas drôle). Toute la séquence. Le kayak sous le bateau, la course contre la montre, le combat avec les 150 kg d’eau.
Bon ils ont tout de même applaudi ma performance ;-)
Une collègue m’a confié qu’elle avait été à deux doigts de chausser ses palmes pour venir m’aider.
Ce métier ne ressemble à aucun autre.
On gère des situations imprévues, avec les moyens du bord, parfois seul face aux éléments. On tremble. On doute. On fait des choses qu’on ne devrait jamais faire... et parfois ça passe à 10 centimètres près.
Et quand on rentre au port, les collègues sont là.
Pour applaudir. Pour rire. Les deux, souvent.
J’espère que tout va bien au club. Je pense souvent à vous.
À bientôt pour de nouvelles aventures tropicales.
(Et si vous voyez un moniteur se battre avec un kayak rempli d’eau ou faire un demi-tour dans 90 cm de fond... restez sur le ponton. C’est vraiment plus drôle de loin.)
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